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Isabelle Sivan
Autrice - Artiste
Laisser parler ses mains
Frédérique F. me disait de "laisser parler mes mains". Je ne la comprenais pas. Je ne comprenais pas qu'à trop lire de partitions, à trop chercher ce que le compositeur avait voulu écrire et faire entendre, mes mains avaient perdu leur liberté.


Lézard
Encre minuscule VI Des gouttes de pluie tapent la terre poussière s'accélèrent tissent des fils à se couper les doigts larmes de sang un lézard assoiffé griffant la boue de ses petits ongles enlisé s'y est noyé. Poésie improvisée sur musique improvisée : Benjamin Garson guitare /Julien Pontvianne saxophone, le 16 mars 2026, #Impromptissimo.
Aquarium
Un poisson tournait au milieu des algues vertes. De son aquarium, il regardait des bocaux de verre posés sur une étagère. Des continents qu'il croyait ouverts sur la mer. *Poésie improvisée sur musique improvisée : Benjamin Garson guitare / Julien Pontvianne saxophone, le 16 mars 2026 # Impromptissimo


Un manteau de plume
Dessin au feutre - Isabelle Sivan 2020 Couchée dans l’herbe, je suis glissée juste à la surface de l’air. Je porte un manteau fait de plumes que j’ai arrachées à la touffeur de la nuit, une à une, doucement, de manière à ne pas lui faire de mal. En attendant le jour, je flotte sur les stridulations des insectes, le croassement des grenouilles. Et puis surtout, je chasse les étoiles. Non, non, je ne tente pas de les attraper. Je balaie le ciel avec un éventail pour qu'elle
Petits bonnets
Un paquet de fils autour de la tête, nous étions condamnés. Aucun n'échapperait à l’onde malade et malheureuse qu’ils cachaient sous leurs petits bonnets.
Rien n'est simple
Elle lui concédait sa présence une ou deux fois par an lors de rendez-vous auxquels docilement il se rendait. Leurs rencontres étaient aimables puisqu'elles se limitaient à un lieu, un temps qu'elle avait choisis et dont elle allait bientôt pouvoir s’échapper. Cela donnait des conversations sans passion, des questions qui n’attendaient pas de réponses, des silences qui s’étiraient suffisamment pour qu'il perçoive la pointe d’un ennui. Il ne fallait pas qu'il oublie. S'ils se
Enfance
Il avait une dent contre lui. Une dent de lait.
Seul dans son lit
On dit de lui qu’il est mort sans faire de bruit. Pourtant. seul dans son lit, il fut anéanti par le fracas d’un rideau de fer que l’on baisse avant la nuit.
Insomnie
Attendre au fond de son lit le matin. Cinq heures. L’heure à laquelle on n’a plus peur de la nuit. Même si le jour n’est pas encore levé. Pour s’endormir.
Notes à mon piano
Je voudrais par ces notes à mon piano recueillir ce qui ne s’entend pas. Tracer, faire écouter la ligne silencieuse qui papillonne en contrepoint de la mélodie dans l’intériorité d'un pianiste. Faire écouter le babil muet de celui qui déchiffre, répète, interprète, traverse l’univers sonore d’un compositeur. Je voudrais en somme saisir par bribe un temps qui chemine en parallèle de celui que le son délimite.
Crapouille !
Crapouille ! Je te vois, traînant la patte, essoufflée. Faisant croire à, tout en grinçant des dents. Tu te tapes les cuisses, soi-disant, par décence. Faisant croire à. Pas tout à fait. Certaine de, car petits pas hésitants, puis sautillants, avant de prendre la fuite. Te voilà maintenant partie, désert de pierres, dos de chameau, dans ce lointain brûlant où le moteur d'un avion remplit le ciel, jusqu'à saturation. Un vol de cigognes, grandiose, épouse la forme des montagnes
Histoires
Est-il possible que nos vies ne soient faites que d’histoires ? D’histoires que l’on s’invente, d'histoires que l’on emprunte aux autres, que l’on fait siennes, dont on hérite ? D’histoires qui, si elles ne parviennent pas à se dire, remontent le silence comme des bancs de poissons nageant à contre-courant, pour se faire entendre dans nos vies ? Est-ce pour cette raison que l’on écrit ? Pour se délivrer de ces fables qui ne sont pas les nôtres ?


A l'aube
A travers mes paupières, j’aperçois l’aube. Elle a à me montrer le fin liseré rouge qu’elle dessine au bord de la Terre. Le seul moment de la journée où l’horizon apparaît comme un fil que l’on pourrait tirer.
Papillons de nuit
A peine était-il mort, que j'ai vidé, rangé les bassines, les seaux et les verres encore pleins d'eau. J'avais peur qu'en prenant l'apparence d'un papillon de nuit, il se noie. Il fallait faire vite. Dans une même ronde, j'ai ouvert les fenêtres, attaché les volets, éparpillé les braises dans la cheminée. Puis je suis sortie. Dehors, une petite pluie brouillait la lumière du soir. C'est en bas, au fond du jardin, sous l'arbre de Judée, que je l'ai appelé. J'ai appelé pour que
Les oiseaux
J'aimerais ne plus entendre Les tuyaux du chauffage Se dilater. Ecouter par delà Le vent sur la façade Les oiseaux dans les thuyas Chanter.
Les tortues
Jette donc du charbon, là devant toi, car bientôt sonne la cloche, étrangle l'oiseau. Pas eu peur le piaf, s'est glissé suivant les criquets et sauterelles. Bon Dieu ce qu'il fait chaud dans tout ce jaune sans parapluie, il ne manquerait plus que quelque chose éclate. Il aurait fallu lui dire qu'à rester ainsi, sans bouger, il finirait par se fendiller. Cela ne sert plus à rien de tendre des fils ni même d'imaginer une danse qui le rincerait. Il est trop tard, les tortues arr
Vérités
De toute existence, il n'y a aucune certitude. De toute existence, il n'y a que deux vérités. La naissance et la mort .
Récif
Une île Un rocher de silence Un récif à l’aplomb de la mer on le contourne sans trouver de plage pour y accoster Dans le tumulte des flots le balancement d’un navire trop fragile On observe Ce qui vit à l’intérieur Un cœur tendre Une oasis On imagine Avec des mots jetés on croit pouvoir construire un pont C’est ce que l’on croit Qu'il est temps de partir Qu'il faut rejoindre la terre Puisqu’on s’en va Dans l’immensité des êtres à parcourir Comment savoir si on sera ?
Une robe noire
Une robe noire en toile de coton, épaisse, râpeuse. D’un noir indécis, délavé par le soleil, les lessives, les frottements, à la pointe des coudes surtout, presque bleue sur les cuisses, là où reposent les mains. Le haut ressemble à une chemise. Une échelle de boutons, tous fermés, grimpe jusqu’au col. Sous la toile, on devine des seins affaissés dont la rondeur se fond avec celle du ventre. À la bordure des poignets, sur les coutures, le tissu est ourlé d’un liseré blanc. On


Etrange endroit
Encre minuscule Etrange endroit, pailles et verres cassés, bouteilles vides, élastomère. Mains en losange, incandescentes fourmis. Etrange endroit derrière l’éclipse d’un soleil mort, un ré éprouvé, cimaise, baiser, tri trompé, cadran de pendule éclaté. Dans les abysses, sans repère, ce sont eux qui avancent sur le gravier, pierre tubes suivis de mammifères rampant et lampion chaotique. Etrange endroit où une armée de soldats trébuche, un rot dans l’immensité du cœur surpris
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