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Isabelle Sivan
Autrice - Artiste
Crapouille !
Crapouille ! Je te vois, traînant la patte, essoufflée. Faisant croire à, tout en grinçant des dents. Tu te tapes les cuisses, soi-disant, par décence. Faisant croire à. Pas tout à fait. Certaine de, car petits pas hésitants, puis sautillants, avant de prendre la fuite. Te voilà maintenant partie, désert de pierres, dos de chameau, dans ce lointain brûlant où le moteur d'un avion remplit le ciel, jusqu'à saturation. Un vol de cigognes, grandiose, épouse la forme des montagnes
Histoires
Est-il possible que nos vies ne soient faites que d’histoires ? D’histoires que l’on s’invente, d'histoires que l’on emprunte aux autres, que l’on fait siennes, dont on hérite ? D’histoires qui, si elles ne parviennent pas à se dire, remontent le silence comme des bancs de poissons nageant à contre-courant, pour se faire entendre dans nos vies ? Est-ce pour cette raison que l’on écrit ? Pour se délivrer de ces fables qui ne sont pas les nôtres ?


A l'aube
A travers mes paupières, j’aperçois l’aube. Elle a à me montrer le fin liseré rouge qu’elle dessine au bord de la Terre. Le seul moment de la journée où l’horizon apparaît comme un fil que l’on pourrait tirer.
Papillons de nuit
A peine était-il mort, que j'ai vidé, rangé les bassines, les seaux et les verres encore pleins d'eau. J'avais peur qu'en prenant l'apparence d'un papillon de nuit, il se noie. Il fallait faire vite. Dans une même ronde, j'ai ouvert les fenêtres, attaché les volets, éparpillé les braises dans la cheminée. Puis je suis sortie. Dehors, une petite pluie brouillait la lumière du soir. C'est en bas, au fond du jardin, sous l'arbre de Judée, que je l'ai appelé. J'ai appelé pour que
Les oiseaux
J'aimerais ne plus entendre Les tuyaux du chauffage Se dilater. Ecouter par delà Le vent sur la façade Les oiseaux dans les thuyas Chanter.
Les tortues
Jette donc du charbon, là devant toi, car bientôt sonne la cloche, étrangle l'oiseau. Pas eu peur le piaf, s'est glissé suivant les criquets et sauterelles. Bon Dieu ce qu'il fait chaud dans tout ce jaune sans parapluie, il ne manquerait plus que quelque chose éclate. Il aurait fallu lui dire qu'à rester ainsi, sans bouger, il finirait par se fendiller. Cela ne sert plus à rien de tendre des fils ni même d'imaginer une danse qui le rincerait. Il est trop tard, les tortues arr
Vérités
De toute existence, il n'y a aucune certitude. De toute existence, il n'y a que deux vérités. La naissance et la mort .
Récif
Une île Un rocher de silence Un récif à l’aplomb de la mer on le contourne sans trouver de plage pour y accoster Dans le tumulte des flots le balancement d’un navire trop fragile On observe Ce qui vit à l’intérieur Un cœur tendre Une oasis On imagine Avec des mots jetés on croit pouvoir construire un pont C’est ce que l’on croit Qu'il est temps de partir Qu'il faut rejoindre la terre Puisqu’on s’en va Dans l’immensité des êtres à parcourir Comment savoir si on sera ?
Une robe noire
Une robe noire en toile de coton, épaisse, râpeuse. D’un noir indécis, délavé par le soleil, les lessives, les frottements, à la pointe des coudes surtout, presque bleue sur les cuisses, là où reposent les mains. Le haut ressemble à une chemise. Une échelle de boutons, tous fermés, grimpe jusqu’au col. Sous la toile, on devine des seins affaissés dont la rondeur se fond avec celle du ventre. À la bordure des poignets, sur les coutures, le tissu est ourlé d’un liseré blanc. On


Etrange endroit
Encre minuscule Etrange endroit, pailles et verres cassés, bouteilles vides, élastomère. Mains en losange, incandescentes fourmis. Etrange endroit derrière l’éclipse d’un soleil mort, un ré éprouvé, cimaise, baiser, tri trompé, cadran de pendule éclaté. Dans les abysses, sans repère, ce sont eux qui avancent sur le gravier, pierre tubes suivis de mammifères rampant et lampion chaotique. Etrange endroit où une armée de soldats trébuche, un rot dans l’immensité du cœur surpris


Une armée de soldats
Encre de Chine sur papier - 14,8 x 21cm - Isabelle Sivan 2025 Une armée de soldats , bringuebalants, dans des armures rouillées , voilà ce qu'ils étaient. Incapables de rire, ni de maudire, ils frappaient des mains, des pieds. On les aurait dit sonnés. Inondés d'un son qui les aurait apprivoisés. Papiers ou papillons, ils avaient renoncé à chercher. Les ailes arrachées, ils répétaient papion ! papion ! Ravis de voir voler dans leur ciel dévasté, un avion plié, dans du papie
Fantôme
Un fantôme est un souvenir qui nous accompagne à notre insu, une note tenue dont la vibration ne faiblit jamais, une pensée entêtante , dissimulée, d’une telle intensité que par-delà le silence, elle finit par franchir l’ intangible , dispersant des traces dans ce que l’on désigne le réel, et apparaître par intermittence dans la vie de ceux, qui sans le savoir, tenus par une main invisible , lui sont restés fidèles.
Nos âmes
il n'y a pas dans ce monde de lieu suffisamment hermétique pour préserver un secret. Nos âmes sont bien trop poreuses pour ne rien laisser filtrer
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