Une armée de soldats
- Isabelle Sivan
- 9 mars
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 mars

Dans un pré,
parmi les rochers que j'avais soulevés,
c'est là que je l'ai trouvée.
Là dans le creux d'une étoile éteinte
que je me suis glissée, cachée,
pour que personne ne dise
que je l'avais oubliée.
A l'intérieur,
un piano désaccordé,
un accordéon essoufflé,
et dans ma tête,
des castagnettes,
en boucles, martelaient.
Des airs en boucles martelaient
Des airs en boucles que je notais.
Les sons de l'extérieur, étouffés,
j'espérais un endroit où aller.
Papillons ou papiers ?
Parmi les rochers que j'avais soulevés,
bringuebalants, serrés, dans des armures rouillées,
des colonnes de soldats passaient.
Si nombreux que je ne parvenais pas à les compter.
Incapables de rire ni de maudire,
ils frappaient des mains, des pieds.
On les aurait dit sonnés.
Inondés d'un son qui les avait apprivoisés.
Papillons ou papiers,
ils avaient renoncé à chercher,
leurs ailes, arrachées.
Ils répétaient : papion ! papion !
Au rythme de leur pas, ils criaient.
Ravis de voir voler dans leur ciel dévasté,
un avion plié,
une feuille de papier.
Impossible de savoir s'ils voyaient.
Impossible de savoir s'ils rêvaient.
Pourtant dans leurs yeux, je cherchais.
Papillons ou papiers ?
J'avais tant d'histoires à raconter, de routes à tracer.
Pas cadencé,
au fond de l'horizon,
leur bringuebalement cessait.
Derrière eux, le pré vide,
les rochers absents.
Restaient une aube rose sur un sol blanc,
et le silence qui racontait à présent :
un chemin à rebours,
un fatal retour.
Mais les rochers que j'avais soulevés se remettaient à pousser.
Au creux de mon étoile éteinte,
le piano désaccordé,
l'accordéon essoufflé,
et dans ma tête,
les castagnettes,
de nouveau, martelaient.
Des airs en boucles martelaient
Des airs en boucles que je notais.
Longtemps, je me suis dit que j'aurais pu m'enrôler.
Rejoindre cette armée.
Bringuebalante, serrée,
avec ses soldats, j'aurais crié : Papion ! papion !
Avec eux, j'aurais su où aller.
Car même sans ailes, dans leur ciel abîmé,
les papillons,
après tout, volaient.
Au fond de ma coque de noix,
étoile ou pas,
j'ai préféré rester.
Personne ne pourra dire
que je l'ai oubliée.
